Grands Entretiens • Juillet 2026

Bâtir une Véritable Industrie du Football

La vision stratégique de Malick Tohé pour structurer, professionnaliser et pérenniser le football ivoirien.

La Côte d’Ivoire dispose aujourd’hui de talents, d’infrastructures et d’un fort engouement populaire. Qu’est-ce qui manque encore pour faire du football une véritable industrie ?

« Écoutez, il faut être lucide. La passion, nous l’avons. Les talents, nous en formons en abondance — c’est même devenu notre marque de fabrique sur le continent. Les infrastructures, grâce au gouvernement, au président de la République et au ministre des Sports, montent en gamme à un rythme remarquable. »

Ce qui nous manque encore, c’est la chaîne de valeur.

Aujourd’hui, nous produisons du talent brut que nous exportons trop tôt, à bas prix, sans que cette valeur ne se répercute suffisamment dans nos clubs, dans nos territoires et dans notre économie. Pour passer de la passion à l’industrie, il nous faut trois choses : une discipline de gestion dans les clubs, une vraie économie de la marque football (billetterie, sponsoring, digital, merchandising) et une vision à long terme. Le football n'est pas une succession de coups, c'est un actif que l'on construit patiemment. »

Malick Tohé

Candidat & Dirigeant

Malick Tohé

Président du CO Korhogo & 1er Vice-Président de la FIF


Le principal frein est-il le financement ou la gouvernance ?

« L’argent suit toujours la rigueur, jamais l’inverse. Le vrai frein aujourd’hui, ce n’est pas le financement, c’est la structuration. Un club sans organigramme clair, sans comptabilité tenue ou stratégie sportive stable ne pourra pas attirer durablement des sponsors sérieux. Aucun investisseur sérieux ne met de l'argent dans une maison désordonnée. »

Comment créer de la valeur localement avec nos talents ?

« Il faut arrêter de penser à nos jeunes joueurs uniquement comme une matière première à exporter. Un talent formé en Côte d’Ivoire doit générer de la valeur ici d'abord. Cela passe par des indemnités de formation appliquées avec discipline, mais aussi par la réappropriation des clubs par leurs territoires, comme le COK à Korhogo, qui doit agir comme un vecteur d'image et d'activité locale. »

Les lignes budgétaires les plus fragiles en Ligue 1 ?

« Les déplacements pèsent énormément sur un club comme le nôtre basé à Korhogo. Mais le vrai talon d'Achille reste l'absence de ressources commerciales propres (billetterie, merchandising). Tant que nous dépendrons de mécènes individuels, nos structures resteront vulnérables. Notre travail est de muscler ces canaux de revenus. »

La réforme prioritaire que vous préconisez ?

« Je plaide pour une "licence club économique" obligatoire. Chaque club pro devrait répondre à un cahier des charges strict : comptabilité certifiée, staff stable, plan d'action sur trois ans et marketing de base. En contrepartie, la FIF apporterait un accompagnement financier et structurel gradué. C'est le seul moyen de passer d'un football artisanal à un modèle industriel solide. »

L'aventure en Coupe de la Confédération CAF, un levier commercial ?

« Absolument. Cette qualification historique pour le CO Korhogo nous projette dans une autre dimension. Nous segmentons nos offres de sponsoring (partenaire titre, régional, etc.) et nous accélérons sur le merchandising avec notre maillot collector. C'est une opportunité unique pour structurer le club d'un coup et s'aligner sur les exigences continentales de la CAF. »

"La professionnalisation durable suppose des revenus propres, récurrents et contractualisés. Un club qui repose sur un seul homme est un club en danger."

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Accédez à la version officielle et détaillée du programme de restructuration pour les années 2026-2030 (Format PDF — 4.2 Mo).

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