Dans le numéro 3 du magazine économique, paru en juillet 2026 avec Didier Drogba en couverture, le président du Club Omnisports de Korhogo et premier vice-président de la FIF détaille ses propositions sur six pages. À deux mois du scrutin fédéral du 12 septembre 2026, il tente de déplacer le débat vers les circuits de financement et les mécanismes de redistribution.
Le marché noir des Éléphants
L’exemple le plus spectaculaire concerne le maillot collector « Humilité Désactivée ». Selon Tohé, près de deux millions d’exemplaires ont circulé pendant la CAN, majoritairement sous forme de contrefaçons. Derrière ce chiffre se cache un paradoxe : les supporters ivoiriens sont prêts à dépenser pour leur sélection, mais l’argent profite surtout aux réseaux informels.
Le dirigeant y voit la preuve qu’un marché national existe déjà. Il propose donc une boutique officielle des Éléphants, capable de protéger la marque, d’authentifier les produits, d’organiser la distribution et de récupérer des recettes aujourd’hui perdues.
Des joueurs vendus avant d’avoir créé de la valeur
La même fuite économique se retrouve dans les transferts. La Côte d’Ivoire forme de nombreux talents, mais ceux-ci quittent souvent le pays trop tôt et pour des montants limités. Les clubs qui ont financé leur apprentissage reçoivent peu, tandis que la valeur réelle du joueur apparaît plus tard, à l’étranger.
Tohé veut renforcer l’application des indemnités de formation et des mécanismes de solidarité de la FIFA. Son objectif est de garantir une redistribution vers les éducateurs, les académies et les petits clubs. Il défend un système où la réussite internationale d’un joueur finance la génération suivante.
Cette vision repose sur une conviction : la formation ne peut rester une activité sacrificielle. Elle doit devenir un investissement dont les retombées irriguent toute la pyramide, du quartier à l’équipe nationale.
La rigueur comme condition d’accès à l’argent
Pour autant, Tohé refuse d’accuser uniquement les circuits informels ou les partenaires étrangers. Les clubs ivoiriens ont aussi leur part de responsabilité. Beaucoup ne disposent ni de comptes certifiés, ni d’organigrammes stables, ni de stratégies à moyen terme.
Son expérience à la SONEMAT lui inspire une formule : « L’argent suit toujours la rigueur, jamais l’inverse. » Avant de demander davantage de financements, les clubs doivent être en mesure de prouver leur capacité à les administrer.
C’est le sens de sa « licence club économique ». Les aides de la FIF seraient conditionnées à cinq exigences : comptabilité certifiée, organigramme stabilisé, plan triennal, centre de formation actif et billetterie professionnalisée. Le soutien deviendrait gradué, selon le niveau d’organisation et les efforts accomplis.
À Korhogo, Tohé tente d’appliquer cette doctrine malgré un handicap majeur : le club dispute « la moitié de ses matchs à plus de 500 kilomètres » de sa base. Pour équilibrer son modèle, il mise sur le sponsoring régional, la billetterie, la formation, les contenus numériques et le merchandising.
La victoire en Coupe Nationale et l’accès aux compétitions de la CAF doivent servir de levier commercial, au-delà de leur portée sportive. Le dirigeant propose enfin une formule hybride pour les droits de diffusion, combinant solidarité entre les clubs et rémunération de la performance, de l’audience et des efforts commerciaux.
Sans attaquer directement Yacine Idriss Diallo, Tohé construit ainsi un discours de rupture économique. Son message est que le football ivoirien n’est pas pauvre : il est insuffisamment organisé pour conserver l’argent qu’il génère. Toute la bataille consiste désormais à savoir qui sera capable d’en poser les règles et de les faire respecter vraiment durablement.
"Le marché noir des Éléphants
L’exemple le plus spectaculaire concerne le maillot collector « Humilité Désactivée ». Selon Tohé, près de deux millions d’exemplaires ont circulé pendant la CAN, majoritairement sous forme de contrefaçons. Derrière ce chiffre se cache un paradoxe : les supporters ivoiriens sont prêts à dépenser pour leur sélection, mais l’argent profite surtout aux réseaux informels."
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